VOYAGER, thème de l’atelier albums des 5 et 12 Juin
Ce thème, à la veille des vacances, a ranimé chez plus d’un lecteur l’appel du voyage, tel que l’évoque le poète : « Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots ! ». Il n’y avait que l’embarras du choix parmi les albums pour enfants. D’abord avec un grand classique toujours jubilatoire, L’Afrique de Zigomar. Nous nous sommes régalés avec La petite poule qui voulait voir la mer, premier album de la série des « petites poules », qui amuse les adultes tout autant que les enfants. Les petits désireront s’embarquer sur le bateau en papier de Oh ! Regarde, un bateau ! Pour les plus grands, Ah ! Les voyages met en scène avec talent un couple dont l’une ne rêve que de nouveaux horizons alors que l’autre est obstinément casanier. Eh oui, on a aussi le droit d’être allergique aux voyages !
Le voyage peut aussi permettre d’échapper à une condition malheureuse, comme la morne vie de femme au foyer avec Roule Ginette, ou comme la triste condition de bête de cirque pour Oregon, l’ours qui rêve de retrouver sa forêt natale. Dans ce cas, il s’agit d’un voyage sans retour, alors que les albums du premier groupe se terminaient tous par un heureux retour au bercail.
Voyage sans retour également quand il s’agit d’un voyage contraint : les Trois cailloux vont devoir s’adapter à chacun des nouveaux lieux où le destin les pousse, et plus clairement encore le héros de La valise, un migrant qui trimballe les vestiges de son passé dans une valise.
Mais les plus beaux voyages sont peut-être ceux que l’on accomplit en rêve, ainsi celui d’Achille qui s’envole avec le ballon qu’il vient de gonfler, ou celui de Mademoiselle Prudence, qui y trouve un merveilleux refuge pour échapper à une mère envahissante. Pour terminer avec un autre poète : « Pour l’enfant amoureux de cartes et d’estampes, l’univers est égal à son vaste appétit » : c’est ce qu’illustre l’album émouvant Comment j’ai appris la géographie.
L’appel du voyage
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L’Afrique de Zigomar. Philippe Corentin. Ecole des loisirs. (Bibl. LFL 31)
Pipioli voit son amie Ginette l'hirondelle préparer son départ annuel pour l'Afrique. Aussitôt notre souriceau rêve d’un tel voyage ! Première mission : trouver une monture. Ginette est trop petite, les cigognes mangent des souris… reste Zigomar, le merle. Il accepte, et hop ! c'est parti ! En compagnie de la grenouille, qui avait entendu leur conversation, ils volent vers l’Afrique. Notre merle n’a aucun sens de l’orientation, mais il sait tout mieux que tout le monde... Envers et contre tout, il s'obstine. Il croise des hirondelles dans la direction opposée ? Quelles cruches ! Elles ont dû oublier quelque chose ! Les ours blancs en Afrique, eh bien, et alors ? Niant l'évidence, Zigomar ne s'avoue jamais vaincu. L'Afrique, c'est ça. Même si Pipioli, son passager, « ne voyait pas ça comme ça... » Bon, vous l'aurez compris, le voyage ne s'est pas déroulé exactement comme prévu ! Un album jubilatoire, car les enfants, renseignés par les images, comprennent parfaitement que le merle se trompe, et se trouvent donc dans une situation de supériorité délectable. A partir de 5/6 ans.
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La petite poule qui voulait voir la mer. Christian Jolibois/Christian Heinrich. Albin Michel. (Bibl. LFL 31)
« Pondre, pondre, toujours pondre ! Il n'y a pas que ça dans la vie ! Moi, je veux voir la mer ! » s'écrie Carméla, la petite poule blanche. Son père, le coq, n'a jamais rien entendu d'aussi fou. « File au nid », ordonne-t-il à la poulette. Mais Carméla est dotée d'un caractère affirmé, la voilà qui, ni une ni deux, quitte en catimini le confort de son poulailler et part voir la mer. Cette petite escapade entraînera des conséquences bien plus grandes qu'elle ne l'escomptait : ce n’est pas tous les jours qu'une poule rencontre Christophe Colomb et découvre l'Amérique ! Les thèmes abordés à travers cette histoire sont nombreux : la curiosité des enfants, l'esprit d'aventure, le besoin de s'affirmer et de s'émanciper, le refus du conformisme, le rejet des discriminations, et j'en passe. Ce sont tous ces sujets qui sont abordés dans l'album, les auteurs jouant sans cesse avec les codes. Pour commencer, l'héroïne est une poule : quoi de plus pantouflard qu'une poule ? Eh bien celle-là, elle ne l'est pas ! Ensuite, elle est toute jeune, encore dans les plumes de ses parents. Qu'à cela ne tienne, elle va partir au bout du monde ! Ensuite, c'est une fille. Les filles, ça ne part pas à l'aventure. Eh bien celle-là, si ! Elle a toujours vécu parmi des poules blanches... elle va ramener chez elle un fiancé tout rouge à ses parents : Carméla et Pitikok auront un enfant, un petit garçon... tout rose ! Il s'agit d'un exemple parfait d'album à deux niveaux de lecture : les adultes pourront largement y trouver leur compte, lorsqu'ils dégoteront les petites perles allusives des deux auteurs. A partir de 6/7 ans.
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Oh ! Regarde, un bateau ! Andrew J. Ross. Amaterra. (Bibl. LFL 31)
Une souris un brin aventurière monte dans une embarcation et se retrouve entrainée par le courant : la dérive commence. Le bateau semble animé d'une volonté propre et il est bientôt trop tard pour descendre. Jusqu'où mènera ce voyage ? Notre souris croisera différents animaux, paysages, toutes sortes de bateaux, le jour et la nuit, des îles et même des pirates ! Lorsque la tempête et le brouillard arrivent, l'héroïne parviendra-t-elle à retrouver son chemin ? Les illustrations sans texte s'enchaînent, on pense que c'est fini quand tout à coup « Oh ! Regarde, un bateau ! » À la dernière double page, la ritournelle recommence : l'histoire est cyclique car un autre animal, le blaireau, voisin de la souris, embarque sur le bateau. Le texte, plein de poésie, alterne la narration et des bulles contenant la ritournelle du titre, ce qui donne du dynamisme et du rythme. Le choix des couleurs est très judicieux : le bateau rouge (dessiné comme un bateau en papier) ressort toujours au milieu des illustrations, même quand il se fait grand ou minuscule au milieu des vagues. La palette s'adapte à chaque ambiance : nuit bleue, couché de soleil orange, tempête noire… A partir de 5 ans.
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Ah ! Les voyages. Marie Caudry. Ed. Thierry Magnier. (Bibl. LFL 31)
Un album doux et poétique où l’on suit Pénélope et Philéas, deux chats amis malgré leurs différences. Philéas, un matou casanier, aime la sécurité de leur maison tandis que Pénélope rêve d'aventures, de grands espaces et d'horizons nouveaux. Alors quand elle décide de faire le tour du monde, Philéas décide de ne pas l'accompagner... Vraiment ? Arrivée à la première escale, Pénélope ouvre sa valise : surprise ! Phileas s’y est caché. Deux visions du voyage s'opposent alors : Pénélope arpente, explore, questionne, tandis que Philéas reste à l’hôtel : la chambre recèle suffisamment de trésors pour qu’il s’en contente. Après tout, il n'existe pas qu'une seule façon de voyager ! Les illustrations somptueuses de Marie Caudry, en peinture et papiers découpés, nous transportent dans une épopée pleine d'émotions. Grâce au jeu de la double page, le contraste se fait à travers les illustrations ou les attitudes des deux personnages. On se prend vite au jeu à suivre les péripéties des deux compagnons, tout en se demandant si Philéas va finalement enfin sortir de sa bulle. On est sur de belles valeurs comme l'acceptation de l'autre, la tolérance, l'amitié, la différence, mais l’humour n’est jamais absent. A partir de 6/7 ans.
Échapper à sa condition
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Roule, Ginette. Anne Dory/Mirion Malle. Ed. La ville brûle. (Bibl. Portet)
Un grand classique, le conte russe Roule galette, revisité avec malice. Vous connaissez forcément l'histoire : la petite maison dans la forêt, le Vieux assis dans son fauteuil qui a tellement envie d'une galette, la Vieille, le blé ramassé dans le grenier, la galette qui roule et se sauve dans la forêt, la petite chanson qui trotte dans la tête, le lapin, l'ours, le loup gris... et le renard qui finit par la dévorer ! Et maintenant, imaginons que la Vieille s'appelle Ginette, qu'elle en ait ras-le-bol de trimer pour ce Vieux assis dans son fauteuil, et que par un retournement de situation aussi magique que formidable, elle se transforme en galette et se sauve. Direction : la liberté et la sororité ! La petite chanson est toujours là, le lapin, l'ours, le loup gris aussi. Et le renard ? Vous verrez bien ! Un récit pétillant, des dessins magnifiques et sensibles, une super-héroïne aux cheveux blancs... Vive Ginette ! Mirion Malle et Anne Dory revisitent le classique (autant que sexiste !) Roule Galette pour en faire un conte féministe plein d'humour. A partir de 6 ans.
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Le voyage d’Oregon. Rascal/Louis Joos. Ecole des loisirs. (Bibl. LFL 31)
« Nous nous sommes connus au Star Circus, Oregon et moi. Il passait juste avant mon numéro et je le raccompagnais tous les soirs jusqu'à sa cage. Un jour, il m'a parlé, et voici ce qu'il m'a dit... » Le clown nain voit la tristesse de l'ours cycliste. Ils quitteront le cirque pour que celui-ci retrouve ‘sa' forêt. Un voyage de plus de 4 000 kms entre Pittsburgh et l'Oregon, passant par Chicago et les Rocheuses, au gré des rencontres. Nous partons sur la route avec Duke et Oregon, à la manière d’un « road movie » de Kerouac. Magnifique album ! Les dessins sont un régal pour les yeux et surtout les couleurs chaudes qui font penser aux tableaux de van Gogh avec cet orange qui prédomine. Il nous est présenté sous la forme d’un kamishibaï, ce qui met en valeur les horizons découverts au fil du voyage. C'est une histoire très poétique et métaphorique où le non-dit est omniprésent. Une histoire qu'il convient de lire plusieurs fois afin que l'enfant se l'approprie et y trouve des significations chaque fois différentes. A partir de 9/10 ans.
Le voyage contraint
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Trois cailloux. Olivier Tallec. Pastel.
Au sommet de la montagne, vivent trois cailloux. Chaque matin, ils admirent les cimes des montagnes, comptent les moutons dans la vallée et regardent les plantes aromatiques pousser. Ici, ils vivent une belle vie de cailloux. Mais un jour, un éclair fracasse la montagne et les voilà chassés. De rebonds en ricochets, ils vont chercher où vivre. L'auteur donne des yeux et donc une âme à ces trois cailloux : ce regard suggère un utile esprit d'adaptation pour aller de l'avant. Ce n'est jamais si grave puisqu'ils sont ensemble ! Des cailloux malmenés par la vie, rejetés de partout, et qui font preuve d'un indécrottable optimisme. Des cailloux qui profitent de chaque instant, qui tentent de voir le côté positif de toute situation. Au-delà de cette réflexion philosophique qui nous pousse à profiter de chaque instant de la vie, comment ne pas voir dans ces cailloux un écho aux migrants, chassés de chez eux, et obligés de s'adapter quoi qu'il en coûte ? Rejetés, ballottés de toute part, ils trouvent tout de même un refuge. On suit leur parcours de migration, leur « voyage », avec empathie. A partir de 5 ans.
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La valise. Chris Naylor-Ballesteros. Kaléidoscope. (Bibl. LFL 31)
« Un drôle d'animal arriva un jour couvert de poussière. Il avait l'air fatigué, triste et effrayé. Il traînait une grosse valise derrière lui. » Les autres animaux, inquiets et curieux, l'interrogent sur le contenu de son bagage. Ils ont du mal à croire ce qu'il dit : une tasse à thé, une table et une chaise, une cabane avec une petite cuisine, une colline entourée d'arbres…. Peut-il avoir autant de choses dans sa valise ? Est-ce qu'il s'agit d'un menteur, d'un affabulateur ? Alors qu'il s'endort de fatigue, les animaux, très curieux et suspicieux vis à vis d'un inconnu, d’un étranger, vont profiter de son sommeil pour percer ses secrets, en forçant la valise… C'est une très belle histoire sur la tolérance et l'acceptation de l'autre, sur l'accueil de celui qui a tout perdu, qui n'a plus que ses pauvres souvenirs… Visuellement, l'album est particulièrement réussi : les couleurs sont bien choisies et les illustrations, aux traits simples mais expressifs, retranscrivent avec finesse l'inquiétude, la suspicion et la curiosité des personnages. L'étranger, lui, est difficilement identifiable à une espèce animale précise, ce qui est intéressant. Le graphisme est simple et doux, les animaux facilement identifiables, un code de couleur permet de repérer les phrases de chacun. Des enfants peuvent, même très jeunes, « entrer dans l’histoire ». A partir de 6 ans.
Le voyage en rêve
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Le ballon d’Achille. Marie Dorléans. Sarbacane.
C’est l’anniversaire de Rosalie : avec ses invités, elle gonfle des ballons pour décorer le jardin. Achille bombe le torse, souffle de toutes ses forces mais… rien à faire. Sous les ricanements des autres enfants, le ballon retombe, comme un ver de terre. Timide mais tenace, Achille retente le coup dans son coin : soudain, son ballon grossit, grossit… et le garçonnet décolle, jusqu’à ne plus voir le jardin de Rosalie ! Achille, qui ne veut surtout pas louper le moment où son amie soufflera ses bougies, entrouvre son ballon pour redescendre… mais Vrrrrrrrrrr, l’objet se met à vrombir et l’emporte encore plus loin, comme une fusée ! C’est le début d’une aventure incroyable, qu’il traverse avec son air ahuri d’antihéros magnifique, et qui lui fera voir bien du pays… À moins qu’il n’ait juste imaginé tout ça ? Le grand voyage d'Achille baigne dans l'humour décalé et espiègle de Marie Dorléans. Les élégants dessins aux lignes claires fourmillent de détails étonnants et drôles. Passé la première page, le réalisme est abandonné pour laisser place à un imaginaire fantaisiste. A partir de 6/7 ans.
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Le grand voyage de Mademoiselle Prudence. Charlotte Gastaut. Flammarion Père Castor. (Bibl. LFL 31)
Prudence doit ranger sa chambre avant de sortir mais elle préfère rêver à d'autres mondes... Suivons-la dans ses divagations imaginaires nées du besoin d'échapper aux commandements incessants de sa mère, visiblement un peu stressée ! A travers de merveilleuses illustrations à couper le souffle, présentées sur de grandes double-pages, nous découvrons de très beaux univers : des forêts regorgeant de détails et d'animaux invraisemblables, des fonds sous-marins où se croisent sirènes et méduses, des cieux remplis de ballons colorés et de gros bonshommes souriants et transparents... Charlotte Gastaut propose une immersion dans le monde du rêve et de l'imagination de l'enfant. Un livre-surprises aux jeux de découpes et de transparence pour jouer, rêver et s'évader au fil des pages. Ici c'est l'image qui prime, de superbes illustrations qui nous emmènent dans un magnifique voyage onirique. Un très bel objet également avec des pages transparentes, des découpes, des couleurs vives... A partir de 7/8 ans.
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Comment j’ai appris la Géographie. Uri Shulevitz. Kaléidoscope. (Bibl. LFL 31)
Uri Shulevitz revient sur son enfance. La guerre a chassé sa famille très loin de sa Pologne natale, vers le Turkestan, où ils vivent misérablement. « J’avais faim tout le temps ». Et voilà qu’un jour, son père, envoyé au marché avec les derniers sous pour acheter du pain, revient triomphalement : « J’ai acheté une carte ». L’enfant est furieux, révolté de cette lubie qui l’oblige à aller au lit le ventre creux. Mais quand son père accroche au mur la carte, la triste pièce se trouve inondée de couleurs, et l’enfant est fasciné. Il va découvrir des noms inconnus, exotiques, qui lui feront explorer le monde entier : « des déserts brûlants, des plages de sable doux, des sommets enneigés, des temples prodigieux… » Des heures merveilleuses, loin de la faim et de la misère. « J’ai pardonné à mon père. Finalement, il avait raison », conclut-il. Un livre émouvant, qui ouvre une porte sur cette prodigieuse capacité des enfants : le rêve, qui permet tous les voyages. A partir de 6/7 ans.
Et nous nous retrouverons
le Jeudi 25 Septembre
Salle San Subra
pour le Forum des lecteurs et lectrices
déjà en poste l’an dernier.
BONNE FIN DE VACANCES
À TOUTES ET TOUS !
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