L’ENFANT ET L’ANIMAL : ATELIERS ALBUMS des 8 Janvier et 5 Février 2026

Publié le par Les coordinateurs de Lire et faire lire 31

L’ENFANT ET L’ANIMAL : ATELIERS  ALBUMS des 8 Janvier et 5 Février 2026

Tous les enfants rêvent d’amitié avec un animal. Combien de parents doivent faire face à cette demande… qui peut parfois receler quelques surprises, comme avec Le chat le plus mignon du monde ! Et si l’animal éprouvait le même désir ? C’est le point de vue qu’adoptent J’en rêvais depuis longtemps ou Mimi et moi. Dans L’extraordinaire voyage du chat de Mossoul, c’est aussi l’animal qui raconte son histoire, une histoire qui évoque en filigrane l’Histoire avec un grand H.

Mais le choix de ces chers petits peut se révéler un tantinet inquiétant : tous les compagnons ne sont peut-être pas fréquentables ! C’est là que prend place l’humour noir de Davide Cali dans En me promenant avec Kiki. Humour aussi du monde inversé humain/animal avec Les enfants font d’épouvantables animaux de compagnie.

Dans un répertoire plus sérieux, on assiste à la confrontation entre un enfant et un animal « dangereux », confrontation qui va déboucher sur une alliance : ce thème est au cœur de deux magnifiques albums, l’un très connu, Yakouba, et l’autre qui mériterait de l’être tout autant, Le prince tigre.

L’amitié avec un animal

Le chat le plus mignon du monde. Vincent Pianina. Ed. Thierry Magnier. (Bibl. LFL31)

Depuis le temps qu’elle le réclamait à ses parents, la petite fille qui raconte cette histoire a réussi à obtenir ce qu’elle voulait : un chat ! À l’animalerie, il y en avait plein. Des mignons et des pas trop mignons. Eux ont décidé d’en adopter un mignon. Le plus mignon du monde même ! Arrivé dans son nouveau chez lui, le chaton joue, mange et fait des câlins, comme tous les chatons. A une différence près : jamais il ne montre sa trombine. « Mince, c'est vrai ça ! On n'avait pas pensé à le regarder bien en face, notre petit chat… il était déjà tellement mignon de dos ». Et le pire, c'est que le chenapan use de tous les stratagèmes pour ne pas se laisser regarder de face. Pourquoi tant de coquetterie ? Aurait-il un secret à cacher ? Mystère… Un album très drôle et plein de tendresse, à la chute surprenante ! Un album au ton décalé et à la loufoquerie assumée. C'est vif et coloré, on frôle parfois l'absurde, les doubles pages sous forme de listes insérées au fil de l'histoire offrent des ruptures rigolotes sur lesquelles on s'attarde longuement, et la chute fonctionne à merveille. A partir de 5 ans.

J’en rêvais depuis longtemps. Olivier Tallec. Actes sud. (Bibl. LFL31)

Un petit garçon a eu un chien comme cadeau à Noël. Mais… contre toute attente, on se rend compte que c’est l’animal qui nous raconte sa vie avec son petit maître, et pas le contraire ! Un contre-pied narratif pour dépeindre avec humour et tendresse la relation entre un enfant et son animal de compagnie. « Je suis tellement content. Je l’ai tout de suite trouvé très mignon avec ses grands yeux mouillés » Bon, ce petit garçon n’aime pas les croquettes, refuse de dormir dans sa niche, prend un peu trop de place sur le canapé et disparaît tous les jours, un cartable sur le dos… Mais le chien va sagement s’habituer à toutes ces petites manies bizarres, par amour pour son meilleur ami... Si le format à l'italienne est assez courant dans les albums pour enfants, la reliure horizontale l'est moins, mais Tallec l'affectionne. Elle donne ici toute leur place à de belles images en format paysage et à une jolie double page en milieu d'album (la plage). Comme toujours, les illustrations d'Olivier Tallec sont à la fois touchantes, tendres et amusantes. La couverture de l'album avec les deux personnages appuyés contre un mur, dans une position identique, mais en miroir, l’œil en coin tant du chien que de l'enfant, et la baballe, attirante et juste à portée… Un régal ! A partir de 6 ans.

Mimi et moi. Léo Timmers. Cambourakis. (Médiathèque Cabanis).

Depuis qu’elles se connaissent, Mimi et Lily sont inséparables. Les deux héroïnes grandissent ensemble, une jument et une petite fille. C'est la jument qui raconte son expérience en arrivant dans cette famille, mais l'auteur, facétieux, nous laissera croire au début que c’est la petite fille qui se confie sur ce cheval fraichement acheté, sur les plaisirs de le chevaucher et la sensation de liberté partagée. Leur complicité est si forte que la jument suppose que rien ne pourrait les séparer. Jusqu’au jour où tout bascule. « Mimi et moi » devient (à tort) « Mimi ne m'aime plus ».  La petite fille, devenue grande, semble se désintéresser de sa monture au profit d'un garçon. Heureusement, la vie a souvent plus d’une bonne surprise en réserve…  Le texte, économe, est fort et tendre. Les illustrations, soit en noir et blanc, sous forme de plusieurs saynètes (façon BD) qui reprennent des scènes du quotidien, soit en couleur pleine page représentant des échappées à travers la nature, sont de toute beauté. Un ouvrage atypique, au papier glacé épais, qui parle d'amitié homme-animal, mais aussi de liberté, de confiance, et de beauté. A partir de 5 ans.

L’extraordinaire voyage du chat de Mossoul raconté par lui-même. Elise Fontenaille /Sandrine Thommen. Giboulées. (Bibl. LFL31)

« Il était une fois un chat extraordinaire, et ce chat, c'est moi ! Je vivais à Mossoul chez ma maîtresse, Samarkand, et je ronronnais à longueur de journée : le chat le plus heureux du monde ! Mais un jour, les hommes en noir ont envahi la ville. Nous nous sommes enfuis, nous avons traversé des frontières et moi, pour la première fois, j'ai vu la neige et la mer. Oui mais voilà : je me suis perdu ! Eh bien croyez-moi ou pas : c'est très loin tout au nord que j'ai retrouvé ma famille. De l'Irak à la Norvège, ça en fait un bout de chemin, mais c'est ce qui s'est vraiment passé ! Et moi je suis à nouveau le chat le plus heureux du monde ! » Un conte d'aujourd'hui, mais une histoire vraie ! Une façon plus légère, moins tragique, de parler aux enfants des migrants et de tous ceux qui les aident. L'adaptation d’Elise Fontenaille se montre pleine de tact et subtile, abordant habilement en arrière-plan le problème des femmes irakiennes prisonnières de leur  niqab, du choix religieux et du déracinement. La vision très « chat » de l’histoire permet le sourire, et grâce à cet humour l’album peut être lu à des enfants assez jeunes, 7 à 8 ans.

Des amis bien peu fréquentables

En me promenant avec Kiki. Davide Cali/Paolo Domeniconi. Cambourakis. (Bibl. de Revel, LFL31)

Un petit garçon se promène avec son animal de compagnie : un T. rex qui le suit gentiment. Attention, si vous croisez sa route, il vous faudra bien vous comporter ! Doté de solides dents apparentes, le T. rex mange tous ceux qui lui déplaisent ou peut-être plutôt qui déplaisent à l'enfant, comme la maîtresse ou le policier. L'illustration, elle, montre le dinosaure, énorme derrière le petit garçon, et dévorant tous ceux qui le dérangent. Il a à la fois l'air paisible et même plutôt sympathique… et d'énormes dents qui dépassent. On retrouve le même contraste avec le nom plutôt mignon de l'immense Kiki. En dehors du dinosaure, tout dans l'illustration est très réaliste, et le décalage n'en est que plus drôle. Cette histoire audacieuse, née de l’imagination débordante de Davide Cali, devrait ravir tous les fans de dinosaures. Les illustrations sont remarquablement belles, modernes et originales. Quant à l’histoire, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est surprenante, et empreinte d’un humour noir des plus réjouissants ! A partir de 6 ans.

Les enfants font d’épouvantables animaux de compagnie. Peter Brown. Circonflexe. (Bibl. LFL31)

Lorsque Lucie, une jeune oursonne vêtue d’un tutu rose, trouve un petit garçon en pleine forêt, elle est aux anges et décide d’en faire son animal domestique. Mais sa maman la met en garde : « Les enfants font d’épouvantables animaux de compagnie ! » Bien vite, notre oursonne va être confrontée aux aspects les moins attrayants de la possession d’animaux. Les enfants sont terribles ! Impossible de leur apprendre à faire leurs besoins proprement, de les empêcher de jouer avec la nourriture, ou d'éviter qu'ils ne saccagent les fauteuils ! Pourtant, ils sont adorables quand on partage les jeux et les siestes. Mais dommage, les enfants apprécient de rester parmi les leurs, et le jour où son petit compagnon disparaît, Lucie comprend qu’il n’est pas si facile de domestiquer des animaux sauvages, encore moins des petits garçons… Un album décalé où les rôles sont inversés afin de faire comprendre aux plus jeunes que les animaux ne sont pas forcément faits pour vivre "en cage" mais plutôt dans leur habitat naturel. Des illustrations dans un style un peu suranné contribuent au charme de l’album. A partir de 6 ans.

L’alliance avec un animal sauvage

Yakouba. Thierry Dedieu. (LFL31)

Un grand album en noir et ocre évoquant l’Afrique. Yakouba, est un jeune Africain qui arrive à l’âge requis pour devenir guerrier. Pour apporter la preuve de son courage, il doit affronter le lion et le tuer. Pendant des jours, il cherche le lion, la peur au ventre. Arrive la rencontre. Mais Yakouba voit devant lui un lion blessé. Soit il le tue et passe pour un grand chasseur, soit il le laisse vivre et sort grandi à ses propres yeux. Yakouba laissera partir le lion. Depuis ce jour, il garde le troupeau, à l’écart du village, mais celui-ci n’a plus jamais été attaqué par les lions. Un texte court et rythmé, un beau travail graphique entre ombre et lumière, pour un album émouvant et sincère. Être un guerrier respecté du groupe, ou un berger (situation méprisée de tous) ? L'histoire présente en effet un dilemme entre d’une part le respect des traditions et l'acceptation par le groupe, d’autre part une droiture morale individuelle moins visible. Un album qui pose la question de savoir ce qu'est le vrai courage. Ce que sont l'honneur et le déshonneur. L’album peut être lu dès 5/6 ans… mais il ne déploiera ses richesses que devant un public de « grands » (à partir de 8/9 ans).

Le prince tigre. Chen Jiang Huong. École des loisirs. (Bibl. LFL31)

Au cœur de la forêt profonde, la Tigresse pleure la mort de ses petits. Des chasseurs les ont tués. Depuis, elle rôde autour des villages, le cœur empli de haine et de chagrin. Un soir, elle détruit les maisons, dévore les hommes et les bêtes, mais cela n'apaise pas sa colère, au contraire. Le pays est plongé dans la terreur. Le roi consulte la vieille Lao Lao, qui lui déconseille formellement de lever une armée. Une seule chose, selon elle, peut apaiser sa colère : le roi doit lui donner son fils unique, Wen. Le roi et la reine ont le cœur brisé. Wen est si petit ! Son père l'accompagne pourtant aux abords du territoire de la Tigresse. « Je n'ai pas peur », dit-il à son père. Il marche longtemps, puis, fatigué, s'endort au pied d'un arbre. Déjà la Tigresse a senti son odeur... Chen Jiang Hong est un conteur de grand talent et un illustrateur fabuleux. Né en Chine, il raconte à merveille les légendes de son pays natal, ici une histoire attestée au XIe siècle avant-notre-ère. Ses illustrations à l'encre de Chine sont absolument superbes, très colorées, aux contours doux. L’image est détaillée en plans successifs, comme dans la peinture chinoise traditionnelle. L’album peut être lu dès 6/7 ans, mais aussi aux plus grands.

 

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