MALADIE, SOUFFRANCE, DOULEUR : thème des ateliers Albums de 3 et 10 Février 2022

Publié le par Les coordinateurs de Lire et faire lire 31

MALADIE, SOUFFRANCE, DOULEUR : thème des ateliers Albums de 3 et 10 Février 2022

Eh oui, maladie, souffrance et douleur font partie de l’univers des enfants auxquels nous lisons ! Nous aimerions bien les leur éviter, et c’est ce qui explique le malaise de certain.e.s lecteurs ou lectrices qui instinctivement les repoussent quand ils ont à choisir des albums. Mais ces enfants ne sont pas à l’abri de ces duretés de l’existence, qu’elles concernent eux-mêmes ou leurs proches. Plutôt que les laisser seuls face à leurs peines, mieux vaut en parler avec eux… à condition que ce soit avec délicatesse et sans trop de pathos.

LA MALADIE

L’enfant malade, handicapé

La petite casserole d’Anatole. Isabelle Carrier. Bilboquet. (Bibl. Pont des Demoiselles, LFL31)

Anatole est un enfant plein de qualités : très sensible, il sait se montrer très affectueux, parfois trop ; il a l'oreille musicale et un grand sens artistique. Seulement voilà, il est différent des autres enfants depuis qu'il a reçu une petite casserole sur la tête, on ne sait ni pourquoi, ni comment. Et cette petite casserole lui crée bien des soucis. Non seulement elle le ralentit dans ce qu'il fait, ce qui l'oblige à fournir sans cesse plus d'efforts, mais elle le met aussi souvent en position d'échec, ce qui aigrit son caractère. Et, ce qu'il y a de pire, c'est qu'elle a changé le regard des gens qu'il croise sur son chemin. Alors, il décide de se cacher. Jusqu'au jour où une personne charitable et bienveillante saura faire les gestes et dire les mots qui aideront Anatole à accepter sa différence, sa « casserole ». Le graphisme est minimaliste, les personnages stylisés, avec à peine quelques touches de couleur. Un album plein de délicatesse pour traiter le sujet difficile du handicap. L’histoire peut aider les enfants d’une classe à mieux comprendre et accepter les élèves handicapés maintenant présents dans l’école. A partir de 6 ans.

Regarde en haut. Jin-Ho Jung. Rue du monde. (Bibl. Pont des Demoiselles)

Tout a commencé par un accident. Depuis, la jeune Suji a perdu l’usage de ses jambes. Assise dans son fauteuil roulant sur le balcon, elle n’est plus qu’une spectatrice de la vie des autres. Elle s'invente des histoires en regardant les gens qui, eux, ne lèvent jamais les yeux vers elle. Jusqu'au jour où un garçon regarde Suji. Il s'allonge alors sur le sol et ce sont bientôt tous les passants qu'il convainc de changer de position pour montrer à Suji la vie sous un autre angle. L’originalité de l’album tient à son cadrage en plongée, suivant le point de vue de Suji. Elle voit ainsi toujours la même chose : la tête de passants toujours pressés. Jusqu’au jour où le garçon « regarde en haut ». Puis d’autres personnages l’imitent. La dernière page se pare enfin de quelques couleurs et nous montre Suji qui est descendue de l’immeuble avec son fauteuil pour elle aussi regarder en haut. Ce livre, primé à Bologne en 2015, est une allégorie sur la place qu'on fait au handicap dans notre vie collective, et, d'une manière générale, sur l'inventivité qui surgit dès qu'on sait décaler son regard ! A partir de 6/7 ans.

Petite Frida. Anthony Browne. Kaléidoscope. (Bibl. Revel, LFL31)

A six ans, Frida contracte la polio et reste couchée pendant neuf mois. Les autres enfants se moquent beaucoup d'elle et la surnomment « Jambe de bois ». Face à sa solitude, Frida rêve de s'évader : « J'avais tellement envie de voler pour de vrai. J'y pensais sans cesse et, pour mon septième anniversaire, j'ai demandé un avion à mes parents. Je m'imaginais faire le tour du monde » Un jour, dans un voyage magique inspiré d’Alice au pays des merveilles, elle fait la rencontre d'une petite fille imaginaire avec laquelle elle partagera tous ses secrets... Cette biographie en partie imaginaire de l'enfance de Frida Khalo nous présente une petite fille solitaire sauvée par une amitié magique. L’amie imaginaire, qui l'a accompagnée et inspirée toute sa vie, joue un rôle essentiel dans l’éclosion de sa vocation artistique. À travers d'étonnants tableaux, Anthony Browne dresse un portrait très personnel de la petite Frida, avant qu'elle devienne l'une des artistes les plus célèbres au monde. Ses illustrations surréalistes traduisent à merveille l'univers foisonnant de cette artiste malade qui, dès son plus jeune âge, a transcendé son handicap par une incroyable force créatrice. A partir de 6 ans.

Merci. Didier Lévy/Laurent Corvaisier. Sarbacane. (Bibl. LFL31)

« Je ne sais pas qui tu es, et je ne le saurai sans doute jamais ». Ce n’est qu’au bout de quelques pages que le lecteur comprend la situation très particulière : une jeune fille écrit à celui ou celle qui lui a donné son cœur – au sens propre. Grâce à lui, elle peut aujourd'hui à nouveau courir, nager, danser, faire du vélo, rêver, espérer : vivre, tout simplement. Être amoureuse aussi : « C’est la première fois que je tombe amoureuse avec ton cœur ». Elle imagine son donneur, se raconte que c'est un garçon, même si elle n'en sait rien, puisque le don est anonyme. Elle ressent sa présence autour d'elle, et pas seulement dans sa poitrine, elle lui parle de son bonheur d'être en vie. Elle le lui fait partager : car elle en est certaine, ce bonheur, il le ressent lui aussi. Et cette vie nouvelle de la jeune fille prolonge la vie de son donneur, ainsi pas tout à fait finie. Une lettre pour dire merci, belle et sans pathos, et qui touche au cœur, forcément. Les illustrations de Laurent Corvaisier, à la fois douces et colorées, suggèrent à merveille le monde et la vie qui s’offrent à elle. A partir de 8/9 ans.

La maladie des proches

T’inquiète pas, Papa ! Nancy Loewen/Hazel Quintanilla. Flammarion Père Castor. (Bibl. LFL31)

Le nez de Papa est tout rouge. Ses yeux sont fatigués. Mais le petit bout de chou sait ce qu’il faut faire. D’abord, un bisou magique pour qu’il se sente mieux. Elle décrète : « Aujourd’hui, c’est moi le papa ». Et puis elle s’active : elle lui cuisine de la soupe, lui fait la lecture, puis un beau dessin… Comment Papa ne serait-il pas guéri, après cela ? Et c’est bien ce qui se passe : après un petit temps de repos, le voilà en pleine forme. Un album attendrissant et plein de drôlerie, grâce à des dessins simples et efficaces. En fait, ce petit livre s’intéresse à l’éveil de l’empathie chez les petits : celle qui leur permet de comprendre leur entourage avec bienveillance. C’est le but que s’est donné cette collection, Eveil malin : développer l’intelligence émotionnelle de l’enfant. A partir de 1 an.

L’histoire du renard qui n’avait plus toute sa tête. Martin Baltscheit. Rue du monde. (Bibl. Fonsorbes, LFL31)

Toutes les semaines, un magnifique renard roux réunit autour de lui sa progéniture des environs afin de lui transmettre ses meilleures ruses. Mais voilà qu'après avoir vécu une longue vie pleine d'aventures, sa barbe commence à blanchir et sa mémoire à flancher. Peu à peu, les jours se confondent dans son esprit. Puis il oublie parfois l'anniversaire d'un ami et perd le cours de ses idées. La situation prend cependant une tournure plus dramatique le jour où il n'arrive plus à chasser et à retrouver le chemin jusqu'à sa maison. Quelques semaines plus tard, il oublie même qui il est et n'a pas le réflexe de fuir devant les chiens enragés qui filent vers lui ! Heureusement, lorsque certaines bêtes sans scrupules osent s'amusent à ses dépens, les renardeaux veillent sur lui ... « Les renardeaux le trouvèrent affamé, blessé et fatigué. Ils constatèrent avec tristesse que leur ancien professeur avait perdu la tête et décidèrent de veiller sur lui. C'est ainsi que le renard qui n'avait plus toute sa tête fut choyé et ne dormit jamais seul ». Parler de la maladie d'Alzheimer dans un album pour enfants : le sujet serait difficile s'il était traité avec trop de pathos, mais le ton bienveillant et même humoristique de l’auteur apporte un peu de légèreté à l’histoire et participe au caractère délibérément positif de cet album : le texte se termine sur une note d'espoir avec l'altruisme dont font preuve les renardeaux à l'égard de leur aîné. A partir de 9 ans.

LA MORT

La caresse du papillon. Christian Voltz. Rouergue. (Bibl. LFL31)

C'est le printemps, le temps des plantations, des bourgeons, de la vie en germination Papapa et son petit-fils sont au jardin, ils plantent, sèment, arrosent... L'effleurement d’une aile de papillon invite le petit garçon au tendre souvenir de sa grand-mère. Il se risque à interroger son grand-père sur Mamama. Où est-elle, puisqu'elle n'est plus là ? Sous terre ? Sûrement pas, elle détestait les bestioles !  Au ciel ? Avec ses 85 kilos, impossible ! Ce qui est sûr, c'est qu'elle n'est jamais loin, comme le montre le dessin bleu pâle, tout léger, qui la place à côté de Papapa et de l’enfant. Elle veille au grain pour donner du courage aux travailleurs et éviter que Papapa boive un verre de trop ! Avec ce petit conte philosophique, on retrouve l'univers des premiers albums de Christian Voltz : autour d'un arrosoir, en attendant que poussent les graines, des personnages en fil de fer et autres matériaux de récupération, parlent de la vie, du temps et de la mort. Un livre sur la mort ? Plutôt sur la façon dont les êtres qui nous sont chers restent bien vivants, même après leur disparition. Moment d'intimité entre deux générations, La caresse du papillon est une réflexion poétique et tendre sur le cycle de la vie, avec le naturel et la subtilité que l'on connaît à Christian Voltz. A partir de 5 ans.

Mon miel, ma douceur. Michel Piquemal/Elodie Nouhen. Didier jeunesse. (Bibl. LFL31)

Chaque été, Khadija quitte Marseille en bateau pour le pays où sont nés ses parents, ce pays qui est celui de sa grand-mère Zhora qu'elle aime tant, celui des figues de Barbarie et des dattes, celui des gâteaux préparés par son aïeule. Chaque été, Khadija passe des semaines près du Chott el-Djerid, où sa grand-mère lui parle d'une princesse appelée Shéhérazade et lui fait des guiliguilis. Khadija est si heureuse auprès de sa Zhora, celle qui l’appelle « Mon miel, ma douceur ». Mais un jour un télégramme arrive en France annonçant le décès de sa grand-mère adorée et Khadija est inconsolable, jusqu'à ce qu'arrive par la poste la tunique brodée avec tant d'amour pour elle par sa grand-mère. Son chagrin peut s’apaiser un peu, tant la tunique a le pouvoir de la réconforter. Mais cette tunique ne doit durer qu'un temps, celui des adieux. On vous laisse découvrir pourquoi. Racontée avec finesse par Michel Piquemal, l'histoire de Khadija et de sa grand-mère est semblable à un long poème. S'y entremêlent le français et l'arabe en toute harmonie tandis que les illustrations d'Élodie Nouhen, proches de l'univers de Chagall, vous emportent de l’autre côté de la Méditerranée. A partir de 6/7 ans.

SOUFFRANCES PETITES ET GRANDES

Les larmes. Sibylle Delacroix. Bayard. (Bibl. Bonnefoy, LFL31)

« Parfois, quand on a des bleus au cœur, ça déborde par les yeux, et on pleure ». Tout le monde pleure. Les filles, les garçons, les adultes parfois. Des larmes petites ou grosses, silencieuses ou bruyantes… Il y a différentes façons de le faire, on peut très bien le montrer ou le cacher, on peut demander du réconfort et de toute façon, ça fait du bien de pleurer... Par petites touches, Sibylle Delacroix explore ces moments particuliers où l’on croit se noyer, mais qui nous libèrent et nous rendent plus légers. Nous découvrons la profondeur et la singularité des larmes dans ce magnifique album crayonné avec seulement quelques touches de couleurs. Le tendre doudou crocodile qui accompagne l'héroïne est aussi un élément important de l'histoire, il sert de lien et d'ultime compagnon. Les têtes (tantôt d’une fille, tantôt d’un garçon) qui s'affichent à moitié mettent en valeur les yeux et soulignent leur expressivité. La dernière double page, toute en couleurs, nous montre les deux enfants libérés s’élançant dans le jardin, vers la vie. Un album d’une grande douceur sur un thème presque tabou, les pleurs. A partir de 6/7 ans.

Petit Doux n’a pas peur. Marie Wabbes. La Martinière. (Bibl. LFL31)

Petit Doux aime jouer avec Gros Loup. Mais, parfois, Gros Loup devient méchant, il montre ses dents et les jeux ne sont plus tout à fait des jeux. Parfois Gros Loup a de drôles d'idées, il oblige Petit Doux à jouer avec son nez poilu, il lui montre les dents, il lui fait mal. Malgré les menaces, Petit Doux, surmontant sa peur, décide d'aller se plaindre... L’album se clôt sur l’affirmation : Gros Loup sera puni. Cet album au récit et aux illustrations simples, véhicule un message de taille. Il invite les victimes de sévices, de violence et d'agression à dénoncer leur bourreau, leur « abuseur ». Comment ne pas accepter la loi des plus grands ? Un sujet très compliqué à aborder avec les plus jeunes, comme avec les adultes. Ceux-ci mettent sur l’histoire les mots de « viol », « inceste », « pédophilie », et c’est bien ce que l’histoire suggère à des yeux avertis. Mais l'enfant y verra ce qu'il peut y voir : au premier degré, cela ressemble à une dispute entre deux amis. Un livre utile, mais à utiliser avec précaution : peut-être en parler avant avec l’enseignant. A partir de 5 ans.

Et nous nous retrouverons

ce Jeudi 19 mai 22 de 14h30 à 17h

Ce nouvel atelier Albums aura pour thème :

LE TEMPS, celui qui passe… pas la météo !

 

 

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